Sheeple, le nouvel album studio de Franck Carducci, sortira le 10 avril 2026 via le label Cherry Red Records. Nous avons sollicité une interview auprès du musicien français qui a très gentiment accepté de répondre à nos questions.
PM : Ton nouvel album s’appelle « Sheeple », amalgame de sheep (mouton) et de people (les personnes), pourquoi ?
FC : Cet album parle des certitudes des gens. Il parle de Nous et d’Eux. Plus précisément, de Nous, ayant raison, et d’Eux ayant tort. Il parle de Nous, étant convaincus que nos valeurs morales sont supérieures, et donc, nous permettant de juger les autres et les étiqueter. Il parle de bien-pensance.
Et comme Nous sommes si sûrs d’avoir raison, Nous nous autorisons à faire des choses que Nous justifions au nom de nos valeurs supérieures. Du coup, il devient presque impossible pour ceux qui ne sont pas d’accord ou qui désapprouvent de se faire entendre, et Nous nous sentons donc en droit de les ranger dans des cases, de les insulter et de les discréditer… Après tout, Ils ne sont que des MOUTONS ! Cela mène à un paradoxe absurde, car évidement, Ils ressentent la même chose envers Nous. Et c’est de là que vient l’inspiration pour cet album : nous sommes tous les moutons de quelqu’un d’autre !
PM : Est-ce un album concept, avec un fil narratif qui évolue et se développe dans les différents titres ?
FC : Ces chansons ont toutes été écrites pendant le confinement. Je ne les ai pas du tout pensées comme un album concept. Mais au bout d’un moment, force était de constater que ces morceaux avaient tous une sorte de fil conducteur. D’ailleurs j’avais enregistré d’autres morceaux que j’ai finalement mis de coté car ils n’entraient pas dans le thème. Donc les morceaux ne sont pas reliés entre eux (à part la suite « Cassandra ») mais ils touchent tous de près ou de loin à des thèmes comme l’isolement, le sentiment de détenir la vérité, le jugement des autres, la manière dont on traite les gens qui ont des opinions opposées à la nôtre, les réactions que cela génère, la manière dont on traite la planète aussi, et les réactions que cela génère de la part des gens qui agissent « mieux » que nous car leurs valeurs morales sont prétendument supérieures aux nôtres…
Bref, ils parlent de notre tendance, volontaire ou non, à vouloir placer les gens dans l’une des deux cases « BIEN » ou « MAL », car il est très perturbant d’accepter qu’il y a plein d’autres cases entre ces deux là, et que tout n’est pas toujours tout blanc ou tout noir… Bref, il est plus simple de penser que « les autres » sont en fait juste des moutons qui agissent bêtement, sans réfléchir.
PM : Musicalement, à quoi peut-on s’attendre ? Qu’est-ce qui diffère par rapport à tes trois albums studios précédents ?
FC : Musicalement, je dirais que je reste un peu dans les mêmes recettes que précédemment, donc un classic-rock influencé de heavy-blues et de sons très 70s que j’affectionne particulièrement. Il y a 2 ou 3 titres un peu plus « mainstream rock » (à la « Slave to Rock ‘n’ Roll »), et d’autres plus développés, plus « PROG » diront certains !
PM : Le titre « Sweet Cassandra » apparaît à trois reprises sous différentes formes : qui est donc cette Cassandra et que représente-t-elle ?
FC : Cassandra, d’après la mythologie grecque, était princesse de Troie, fille de Priam et sœur d’Hector.
Le dieu Apollon lui avait offert le don de prévoir le futur de manière exacte. Plus tard, lorsqu’elle refusa ses avances, il se vengeât en ajoutant une malédiction à son don : oui, ses prédictions du futur seraient toujours exactes, mais personne ne la croira jamais. Ainsi lorsqu’elle prévînt son frère qu’il perdrait son combat contre Achille, il ne la crut pas et alla se battre quand même jusqu’à mourir. Lorsqu’elle dit a son père que le cheval de bois abandonné sur la plage par les Grecs était un leurre et qu’il valait mieux le brûler, il ne la crut pas et amena le cheval dans la cité de Troie, ce qui entraînât sa destruction…
D’une certaine manière, Cassandra fut la première de ce qu’on appelle aujourd’hui les conspirationnistes, à qui on attribue les théories du complot.
La première partie raconte donc l’histoire de Cassandra et de sa malédiction. Cette histoire est racontée par « les autres » qui, évidemment, ne la croient pas. La seconde partie est un instrumental qui reprend le thème de Cassandra et symbolise le fait qu’elle est en train de voyager dans le futur. Dans la troisième partie, qui clôture l’album, nous retrouvons Cassandra en 2019. Elle essaye de prévenir le monde qu’une pandémie va très bientôt mettre la planète a l’arrêt total. L’histoire est toujours racontée par « les autres » qui ne la croient toujours pas et la traitent de conspirationniste…
PM : Tu es réputé pour proposer des concerts « colorés, spectaculaires et théâtraux ». Une scénographie particulière pour tes prochains shows a-t-elle été réfléchie en même temps que la conception de cet album ?
FC : Non car ce n’est pas un album qui a été conçu pour être joué en live. Certains titres ont déjà été testés en live dans les tournées précédentes. D’autres sont peut-être trop « dark » pour faire partie du show théâtral de la « Fantastic Squad ».
PM : Ton premier album « Oddity » est sorti il y a quinze ans, « Sheeple » est ton quatrième album studio : comment pourrais-tu définir ton évolution musicale, notamment par rapport à ce dernier opus ? Où se situe t-il dans ta carrière ? La liberté de composer est-elle toujours fondamentale pour toi ?
FC : C’est mon 4eme album studio si on ne compte pas « NAKED » qui était un peu différent. Je n’ai pas spécialement l’impression d’avoir évolué, en termes de création. Je fais juste ce que j’aime, ce que je ressens, de la manière la plus authentique possible.
Je ne recherche pas (ou en tout cas moins) la « perfection musicale » qui est devenue un concept humainement obsolète depuis 2025 car l’IA a désormais largement dépassé ce que le commun des mortels est capable de produire en terme de création artistique, donc pour moi, vouloir perfectionner à tout prix une œuvre d’art n’a désormais plus de sens, car on ne pourra même pas prouver qu’elle n’a pas été générée par l’IA ou au moins, à l’aide de l’IA.
Le talent créatif n’a désormais plus de valeur ajoutée, donc à quoi bon rechercher la perfection ? Je préfère privilégier l’authenticité, et tant pis pour moi si je suis has-been !
PM : Tu as récemment signé avec un grand label britannique, Cherry Red Records : qu’est-ce cela apporte comme avantages ?
FC : Moins de travail administratif, plus de temps pour autre chose, et je l’espère, plus de visibilité…
PM : La prochaine tournée de Franck Carducci & The Fantastic Squad débutera en avril en Grande Bretagne : impatient de retrouver le public ?
FC : Oh que oui. Spécialement pour le premier concert de la tournée qui se déroulera dans le mythique Cavern-Club à Liverpool, là ou les Beatles ont débuté. J’ai toujours dit que, pour moi, faire des albums est juste une excuse pour pouvoir partir en tournée. C’était peut-être un tout petit peu exagéré, mais en tout cas ça l’est de plus en plus avec le temps qui passe !
PM : Le mot de la fin pour conclure cette interview ?
FC : J’espère profondément que les auditeurs prendront du plaisir à écouter « SHEEPLE » et peut-être, pour certains, à ensuite découvrir mes albums précédents. Et surtout que ça leur donnera envie de venir nous découvrir en LIVE.
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Tracklist : 01/ Seeple (1.16) 2/ Self-Righteousness (5.46) 3/ Sweet Cassandra (4.49) 4/ The Betrayal of Blue (10.26) 5/ Sweet Cassandra (Reprise – 2.03) 6/ The Limits of Freedom (5.26) 7/ Love Or Survive (13.12) 8/ Sweet Cassandra 2019 (2.24) 9/ Do What You’re Told (3.17)
https://www.facebook.com/franckcarducci
- Crédit photo Pascal Sauriat


