LEE O’NELL est un groupe français de rock et de blues emmené par Gipsy Bacuet (chant) et Lionel Wernert (guitare). Cette formation a sorti deux albums studio : « Different Shades of Love » (2020) et « This is Us… » (2022), ainsi que le très réussi album « Live » en mars 2026. Les deux musicien(ne)s ont très gentiment accepté de répondre aux questions de Prog-Mania à l’occasion de cette dernière sortie.
PM : Comment est né le groupe LEE O’NELL ?
Lionel WERNERT : Alors avant toute méprise comme j’ai pu le lire de nombreuses fois, Lee O’Nell n’est pas un duo. Pour essayer de faire court, Gipsy BACUET et moi travaillons ensemble depuis plus de 20 ans dans diverses formules, et en 2018 nous avons décidé de monter un projet plutôt axé jazz/ blues. Je suis incontestablement le plus vieil ami de Fred CHAPELLIER puisque nous avons grandi ensemble. (Je l’ai connu à 5 ans, quand il en avait 8 !) Bref, avec Gipsy (qui est aussi ma compagne) nous reprenions donc à l’époque des standards Blues, et tout naturellement nous avions au répertoire quelques titres de Fred. En février 2019, il donne un concert caritatif et m’appelle en me disant « Si je te prête mes musiciens, ça te dit de venir jouer mes titres lors de ce concert ? » Forcément, la réponse a été rapide et positive ! A l’issue du concert, il m’a dit « mais pourquoi tu ne montes pas ton groupe, avec la chanteuse que tu as et ton bagage musical ça va le faire ! » Voilà, Lee O’Nell Blues Gang est né il y a 7 ans maintenant de cette réflexion de mon grand frère Fred CHAPELLIER ! Il est toujours présent à nos côtés d’ailleurs, il a mixé le premier et le troisième album entre autres !
PM : D’où vient le nom du groupe ?
Gipsy BACUET : C’est un jeu de mot avec le prénom de Lionel. On a voulu faire un clin d’œil irlandais dans l’écriture de ce nom, et ajouté Blues Gang pour symboliser les musiciens qui sont derrière nous.
Lionel : Il y a deux ans, j’ai décidé de retirer le « Blues Gang ». Pas les musiciens bien sûr, mais juste dans le nom. C’est moins sectaire de s’appeler juste Lee O’Nell, car finalement, on ne joue pas que du Blues…
PM : Quelles sont vos principales influences musicales dans le blues ?
Lionel : C’est toujours évident et compliqué à la fois de parler de ses influences musicales : J’ai découvert aux côtés de Fred CHAPELLIER tous les groupes de rock mythiques : Deep Purple, Led Zeppelin, Thin Lizzy… et les grands du Blues : Eric Clapton, Gary Moore, B.B King …. Aujourd’hui, j’écoute avec attention Joe Bonamassa, Eric Gales, Zac Schulze, Christone Kingfish Ingram par exemple. Depuis toujours quand je découvre un guitariste, j’étudie tout de son univers, comment il aborde un standard, sa façon de composer ses propres titres… Je veux comprendre son cheminement personnel. Mais j’ai aussi beaucoup écouté, et encore maintenant d’ailleurs la musique dite « classique » : Wagner qui pour moi était le « métalleux » de l’époque, Mozart, etc. tous en fait. J’adore le Classique mais j’ai aussi eu ma période Yngwie Malmsteen, Satriani, Van Halen…
Gipsy : Moi je viens plutôt du Jazz. Alors Sarah Vaughan, Billie Holiday, Etta James, mais aussi des grandes voix de la Country : Bonnie Raitt, Dolly Parton. J’accorde une attention particulière aux choristes comme Daniele DeAndrea, Mahalia Barnes ou Jade Macrae qui font un boulot formidable en tant que choristes derrière Joe Bonamassa, mais qui ont chacune un univers et une voix fantastiques quand elles sont en lead dans leur propre formation. Si je parle de choristes, c’est finalement parce que Lionel m’a vraiment découverte quand j’étais aux chœurs derrière Renaud Hantson dans SATAN JOKERS. Il connaissait mon parcours musical et professionnel qui est franchement diversifié et s’est dit, « non mais elle, elle doit assurer dans le registre rock ! »
Lionel : Exactement ! Parce que en même temps que faire les chœurs dans SATAN JOKERS, Gipsy était également meneuse dans une revue : grand écart musical ! Je pensais à l’époque « cette fille assure dans tous les styles, toutes les tessitures, ça va être un bonheur que de composer pour et avec elle ! » Aujourd’hui, je peux dire que je ne le regrette pas !
PM : Comment décririez-vous votre style de blues ?
Gipsy : Voilà, c’est là que ça devient un peu plus compliqué parce qu’en France on a besoin de cataloguer, de trier, de ranger dans des cases. Tel artiste joue du Blues Roots, lui, du Chicago Blues ou bien de l’Americana etc. Alors effectivement, Lionel et moi venons d’horizons divers et variés, donc il y a un peu de tout, un peu de nous dans nos albums.
Lionel : C’est vrai, c’est difficile de donner un style bien défini. J’ai voulu prendre les racines, les codes du Blues et les mixer avec les codes du Rock des années 70. Un Blues Rock moderne et contemporain avec une voix lead féminine et avec un son vintage mais avec la qualité actuelle… J’en profite pour remercier celui qui est devenu mon ami : Kevin SCRIBAUX. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un artisan fabriquant d’amplis, les amplis « SCRIBAUX AMPS » totalement faits à la main. J’ai l’énorme chance, le luxe même d’habiter dans la même ville. Alors c’est très facile d’aller directement discuter avec lui pour modifier ceci, accentuer cela sur mon ampli. C’est un artisan, un sculpteur du son. Il sait exactement retranscrire mathématiquement le son que je recherche. Bon, quand il nous explique comment il procède, on a l’impression d’être en cours de physique chimie au collège, mais sinon… haha c’est plutôt très intéressant, et ses amplis me correspondent parfaitement.
Dans tous les cas, pour ce projet, j’ai choisi de m’entourer de musiciens qui avaient tous une longue expérience dans plusieurs domaines également pour pouvoir mélanger tout ça facilement. Je suis arrivé à un âge où j’ai besoin de connaitre les qualités humaines et professionnelles des personnes avec qui je vais faire la route, partager la scène, les soirées à l’hôtel etc. Il faut une certaine maturité d’esprit, il faut avoir un peu roulé sa bosse pour transmettre sur scène ce qu’on a à raconter. Voilà, c’est ça, je voulais être sûr des musiciens qui allaient être à mes côtés pour que les soirs de concerts j’ai un bloc, une cohésion, une écoute, une compréhension et une réactivité immédiate et solide.
PM : Quelles sont vos chansons ou compositions les plus représentatives ?
Lionel : Alors ça va forcément paraitre un peu prétentieux, mais j’ai volontairement fait en sorte sur les deux albums que nous avons sortis, soit 25 titres originaux, qu’aucune chanson ne ressemble à une autre.
Gipsy : C’est d’ailleurs le retour du public que l’on entend le plus souvent au stand de merchandising. « Enfin un groupe où on ne s’ennuie pas au bout de 3 chansons » ; « avec vous au moins les atmosphères et les ambiances changent à chaque titre » ; bref, nous essayons de condenser dans nos morceaux plusieurs ambiances, différents styles, des petits détails bien caractéristiques mais à la fois quasi imperceptibles pour ne pas se répéter qui font que ça fonctionne à l’évidence.
Lionel : Oui, on peut vite tourner en rond dans un style qu’on trouve efficace. Mais au bout du compte, on peut arriver à juste délayer une idée, changer la tonalité d’un morceau et hop ça en fait un autre… mais la construction et le résultat seront finalement toujours les mêmes. Moi, personnellement ça m’ennuie très vite. Alors j’essaie de surprendre, mais avec des choses, des codes imperceptibles qui font que finalement ça devient évident. Je ne sais pas si je suis très clair… Donc, les compositions les plus représentatives ? Toutes, chacune d’entre elles possède son univers, sa singularité. Mais je dirais tout de même « You don’t know who I am » carrément l’esprit Rainbow et « Let the good times roll » très jazzy.
Gipsy : C’est exactement ça : un titre qui te ressemble puisque tu viens du Rock, et un autre qui est plutôt moi !
PM : Est-ce que vous mélangez le blues avec d’autres genres musicaux ?
Lionel : Oui, je crois que c’est vraiment ce qui nous définit. Nos compositions sont notre reflet. C’est une évidence, cela vient de nous. Et nous sommes une multitude d’expériences, de réussites mais aussi d’échecs. On est tous unique, mais à la fois la somme de nombreuses choses. Notre personnalité n’est pas une et une seule, alors nos compositions aussi. Comme je l’ai dit précédemment, il faut tout écouter, tout étudier, tout maitriser pour se faire son avis et savoir si on aime ou pas, pour savoir si on est capable ou pas. Par exemple dans le titre « The man in the corner » il y a un peu de classique, une touche de bossa le tout sur une rythmique de base bien lourde et un riff qu’on retient facilement. On ajoute une mélodie plutôt légère et le tour est joué. Et encore une fois, tout ceci n’est possible qu’avec l’expérience et le vécu de chacun.
PM : Comment composez vous vos morceaux ?
Gipsy : Là encore, c’est différent à chaque fois. Il arrive que je donne un texte à Lionel, enfin je lui donne l’idée principale et l’ambiance que j’aimerais bien. « The man in the corner » est à nouveau le parfait exemple. Ce titre parle de la photo qu’on a tous chez soi. Un parent parti et dont le portrait est toujours là, bienveillant près de nous. Mais je ne voulais surtout pas que musicalement on s’apitoie, qu’on ressente de la tristesse avec des envolées lyriques ou larmoyantes. Même si le thème n’est pas des plus joyeux, je voulais qu’on en tire un sentiment positif. On se comprend plutôt bien, et Lionel a parfaitement retranscrit mon idée. Il est très fort pour exprimer avec son instrument ce que je peux ou veux dire avec mes mots.
Lionel : Quelques fois c’est l’inverse. Elle est plutôt du matin, et moi un oiseau de nuit comme on dit. Alors il se peut qu’elle trouve un post-it sur son ordi indiquant « j’ai terminé 3 maquettes, à toi de jouer ! »
Gipsy : Oui, voilà, Lionel est très prolifique, et il a toujours une guitare à portée de main. Il peut débarquer à tout moment quand je suis en cuisine pour me faire écouter un riff, un couplet et un refrain en me demandant « vas-y trouve moi vite une mélodie là-dessus » ! Y’a pas vraiment de pause à la maison ! En tout cas, et personnellement je ne cherche pas à inventer des mélodies super compliquées qui partent dans tous les sens. Il faut que tout coule facilement et s’enchaine logiquement, même si on ajoute des petits trucs qui sortent des sentiers battus de temps à autre. Si je galère à retenir une mélodie, ce n’est pas bon. En revanche si je me réveille en la fredonnant, alors c’est bon…
PM : Qui écrit les paroles et la musique dans le groupe, et comment est composé le groupe ?
Lionel : Même si Gipsy a dans sa jeunesse étudié le solfège et le piano au conservatoire, c’est moi qui compose l’intégralité des titres.
Gipsy : Exactement. La musique c’est Lionel et uniquement lui. Il est autodidacte et ne sait pas lire la musique mais sa culture dans ce domaine est particulièrement bluffante. Du coup, moi je m’occupe uniquement des textes et ça me va très bien, et des mélodies aussi bien entendu. J’écris directement en anglais pour ne pas faire scolaire et je me fais corriger par Neal Black, Alain Leadfoot Rivet et Jade Macrae (choriste de Joe Bonamassa).
Lionel : Pour donner vie sur scène et en studio à mes titres, j’ai choisi il y a 7 ans, de m’entourer des meilleurs musiciens de ma région. J’ai donc appelé Philippe DANDRIMONT à la basse (qui accompagne d’autres noms de la scène Blues : Chris Bergson lorsqu’il tourne en Europe par exemple) ; François BARISAUX aux claviers et Pierre-Alain DELAUNOY à la batterie qui a remplacé très rapidement notre premier batteur qui a changé de carrière professionnelle après l’enregistrement du premier album.
Gipsy : Ils sont tous les trois excellents aussi bien musicalement que personnellement. Je pense que ça se ressent. Pierre-Alain et Philippe nous assurent une rythmique super solide avec un gros tempo bien collant quand il faut. Et François aux claviers peut partir dans des solos d’orgue Hammond très rock à la John Lord ou bien de piano jazz !
Lionel : C’est vrai, j’ai la chance d’avoir une équipe béton sur laquelle je peux compter !
PM : Quelles thématiques abordez-vous le plus souvent dans vos chansons ?
Gipsy : C’est la vie en général qui m’inspire tout simplement, mais je ne suis pas quelqu’un de simple. J’entends par là que j’aime utiliser les extrêmes et les opposés pour m’exprimer dans une chanson. Je vais jouer avec les ambiguïtés pour écrire un texte. Par exemple « Kiss me again », on pourrait étant donné le titre croire à une chanson d’amour gentillette. Et bien c’est plutôt tout l’inverse : ça parle d’addiction, d’alcool, de religion, de drogue et de la difficulté de s’en défaire mais de la conscience qu’on en peut être besoin pour savoir qui on est vraiment, le tout dans une ambiance lourde noire et glauque.
Lionel : Le premier album « Different Shades Of Love » est lui basé, comme son titre l’indique, sur un seul thème : les différentes nuances de l’amour. On a donc abordé des déclarations, des incompréhensions, des ruptures… bref, l’amour sous toutes ses formes. Le deuxième, « This is us », a été composé pendant les confinements. Il est donc un peu plus sombre dans les thèmes abordés mais comme le dit le titre « ça, c’est nous ». A cette période de notre existence, nous étions plein de questionnements, mais aussi dans la découverte de la personnalité de ceux qui nous entouraient.
Gipsy : Oui c’est finalement toujours la vie qui nous inspire. Mais je crois qu’on a tous plus ou moins la même réponse à ce sujet, non ? Puiser dans nos expériences de vie est la plus vaste source d’inspiration et comme tout n’est qu’une question de point de vue, il est facile d’aborder un même thème de façon différente. La musique fait le reste, ou même tout pour certains qui ne comprennent pas un seul mot de ce qu’on peut dire, et qui ne se laissent porter que par la musique, par son intensité, ses couleurs et ses accents…
PM : Que recherchez-vous à transmettre au public lors de vos concerts ?
Lionel : Partager de l’énergie, oublier le quotidien… Rien de bien extraordinaire. On ne saute pas partout sur scène, ce n’est pas un show pyrotechnique non plus… Je joue ma musique, j’y prends du plaisir, je profite de l’instant, je m’inspire de l’ambiance de la salle, du public, j’utilise leur énergie. C’est avant tout une histoire de partage.
Gipsy : Pour moi, personnellement le Blues et le Blues rock, ce n’est pas exposer son désespoir, ses histoires de prison ou ses déboires amoureux en jouant à moitié juste et en chantant à moitié faux pour que ça sonne roots… Non, un concert c’est une performance physique et vocale avant tout. La transmission des émotions passe aussi par la technique et la justesse. Le public paye pour venir t’écouter, la moindre des choses est le respect et le don de soi. Alors dans l’énergie, l’écoute des musiciens qui partagent la scène, avec puissance ou retenue, je livre les histoires que j’ai écrites en espérant que chacun s’y retrouvera un peu.
PM : Avez-vous un souvenir marquant de performance live ?
Gipsy : Perso, lors du fabuleux concert de clôture du Grésiblues 2023, où effectivement être encouragée par Ana POPOVIC avant d’entrer en scène, ça te met un petit coup de boots super agréable, mais quand tu ouvres le rideau, que tu passes la tête et que tu vois la marée humaine devant toi, là ça te met un bon coup de pression ! Mais qu’est-ce que c’était bon !
Lionel : C’est compliqué parce qu’à chaque concert il y a un truc spécial : une ambiance particulière, une salle très communicative et expressive ou au contraire très à l’écoute et dans la retenue. Que tu joues devant 5000 personnes au Grésiblues, ou 90 à La Maison du Blues ou bien 12 personnes au Blues Sphère en Belgique, la soirée peut toujours se terminer en standing ovation…
Sinon j’ai un souvenir plutôt amusant. C’était lorsque nous partagions le plateau avec Fred Chapellier pour La Nuit du Blues à Troyes en 2022. Il n’était pas présent pour les balances car en répétition à Paris avec Jacques Dutronc et il était prévu qu’il arrive au tout début de notre concert. Le truc c’est qu’à 2 titres de la fin de notre set, il n’était toujours pas là car bloqué sur la route à cause des bouchons… Nous avions donc chacun à leur tour, ses musiciens qui venaient en coulisse nous dire de continuer encore une, et encore une, et encore…. C’était plutôt drôle et finalement très agréable de continuer notre set bien plus longtemps que prévu ! Le public n’a jamais été au courant sauf ceux qui vont lire cette interview !
PM : Comment décririez vous l’ambiance de vos concerts ?
Lionel : Le public est généralement bienveillant. Les gens sortent pour se faire plaisir, pour oublier le quotidien alors l’énergie est primordiale. Tu donnes le meilleur de toi-même, tu racontes ce que tu as à raconter, et tout se passe bien. Je dirais que de par la diversité de nos compositions, des nuances dans les styles que nous abordons, et je peux le dire, par la voix de Gipsy, ils sont très souvent bluffés. Avec une déconcertante facilité, elle peut envoyer du bon gros rock avec une voix rocailleuse et puissante sur « You don’t know who I am » par exemple et enchainer avec une sensualité déconcertante un titre swing et jazz comme « Let the good times roll ».
Gipsy : Merci beaucoup ! haha ! Alors du coup, je dirais qu’il y a d’un côté ceux qui viennent se faire plaisir et écouter le groupe en général, et de l’autre il y a les amateurs de guitare. C’est simple, ils sont tous du côté de Lionel et ils ne le lâchent pas d’un œil. On voit bien que si les solos pouvaient durer 15 minutes ça leur irait !! Je les comprends car Lionel a, il faut quand même le souligner, une sacrée science du riff, de la composition et de la mélodie. Il ne fait pas un solo pour délayer des gammes, c’est à chaque fois construit et ça veut dire quelque chose. Je n’ai pas peur de dire, que oui, j’ai la chance d’être accompagnée par un virtuose de la six cordes. C’est un acharné, une bête de travail. Il écoute, étudie, dissèque tout dans les moindres détails. Il est toujours dans la recherche du son qu’il a en tête et dans la quête de la perfection. Parce que pour pouvoir créer sa musique, il faut avoir écouté, étudié ce qui existe déjà sinon cela n’a aucun intérêt. Et pour revenir à la question, dans tous les cas, petites ou grandes scènes, le public est toujours extrêmement bienveillant comme le dit Lionel.
PM : Avez-vous des projets d’album ou de tournée ?
Gipsy : Ahhhh, le troisième album studio est déjà musicalement dans la tête de Lionel, (pas encore totalement dans mes mots…) Mais à vrai dire, et ce n’est pas un scoop, produire un album a un certain coût et la rentabilité et l’équilibre est très difficile à trouver avec les médias actuels. Les albums ne se vendent plus, sauf en concert et très peu sur les sites internet des groupes surtout si on n’est pas distribué dans les enseignes spécialisées. Donc un nouvel album est toujours en vue, mais pour l’instant on va déjà faire vivre les deux premiers albums studio et surtout promouvoir l’album live qui vient tout juste de sortir.
Lionel : Des projets c’est vrai qu’on en a ! Le tout est de réussir à les réaliser. Pour être franc et sans vouloir attaquer qui que ce soit, je n’arrête pas d’entendre les mêmes réponses de la part des programmateurs de salles ou de festivals : « vous n’êtes pas connus, alors c’est non pour cette année ! » et d’un autre côté, je vois des programmations quasi identiques d’un festival à un autre. Je me dis, que le public a finalement toujours les mêmes artistes à aller écouter, et qu’il n’y a pas tant que ça de place pour la découverte. Cela fait maintenant 7 ans qu’on existe, que nous avons joué dans de superbes endroits, que certains nous ont fait confiance pour ouvrir pour Ana Popovic par exemple pour la soirée de clôture du Grésiblues en 2023, que nous avons partagé des scènes avec Fred Chapellier, Rozedale, Jessie Lee and The Alchemists, The Cinelli Brothers… nous sommes donc un groupe émergeant qui a déjà de belles dates et de belles collaborations à son palmarès. J’aimerais aller faire un tour en Allemagne, en Hollande et en Belgique car dans ces pays la culture musicale est très rock. En Angleterre également, surtout que nous sommes beaucoup diffusés sur les ondes là-bas. Notre titre « As if it was enough » a même été classé n° 1 pendant plusieurs mois sur une web radio à la sortie de notre deuxième album « This is us » en 2022 ! On y aurait notre place, mais encore une fois, tout ceci a un coût. Alors on travaille quotidiennement sur tout ça et avec Gipsy, on a toutes les casquettes, comme beaucoup d’entre nous : auteur, compositeur, producteur, booker, comptable etc. !!!
PM : Quelles sont vos ambitions pour les prochaines années ?
Lionel : Continuer ainsi. Avoir un maximum de concerts car c’est vraiment sur scène qu’on est le mieux et que notre musique prend réellement tout son sens. J’adore le studio mais une session d’enregistrement peut vite se transformer en laboratoire où tu peux facilement te laisser aller à faire, et refaire, à ajouter encore et encore… Bref la surproduction, très peu pour moi, je préfère donc enregistrer en conditions live. Gipsy est là de son côté pour garder la prise au cas où (et c’est d’ailleurs souvent la première que l’on conserve la concernant), et nous 4 de l’autre. On ne fait généralement que 2 ou 3 prises, cela suffit ; pas besoin de re-re comme on dit. Chacun sait ce qu’il a à faire, tout est travaillé en amont, et on y va. Sur scène tu n’as droit qu’à un seul essai, donc j’envisage le studio de la même manière. C’est d’ailleurs sur scène qu’on « juge » un artiste. C’est bien beau un album studio, mais en live il donne quoi le groupe ? C’est exactement pour cela que nous avons sorti notre album « LIVE ». Capturer l’instant, la magie du moment avec ses petites imperfections s’il y en a. La vie quoi ! De cette façon, cet album nous sert finalement de carte de visite : alors amis programmateurs, puisque vous ne pouvez pas vous déplacer à chaque fois pour aller découvrir des groupes, écoutez le et vous saurez exactement à quoi vous attendre en concert !
PM : Avec quels artistes aimeriez-vous collaborer ?
Gipsy : En tant qu’auteur j’ai déjà eu la chance de co-écrire avec deux des plus grands de l’hexagone : Alain Leadfoot Rivet (fondateur de Dixie Frog) qui a joué et fait jouer les plus grands noms en France et dont la carrière est impressionnante, et Neal Black, notre texan préféré !! Quant à Jade MACRAE, là aussi c’était super, mais ça reste du côté de l’écriture. J’aimerais partager le micro avec d’autres chanteuses bien entendu, que ce soit sur scène ou en studio, mais Jade reste la première de la liste, désolée ! Haha ! Pourquoi pas un duo avec Kaz Hawkins aussi pour ne citer qu’elle dans les voix féminines. Après côté voix masculine, avec Freddy Miller ça serait sympa, son timbre est intéressant…
Lionel : Alors c’est vrai que quand tu partages un solo en studio avec Fred Chapellier, c’est l’éclate ! Quand tu le fais sur scène, c’est encore mieux ! Et quand tu partages un barbecue ou une raclette avec le n° 1 du Blues en France ce qui n’est même pas envisageable pour beaucoup de ses fans, moi, c’est mon quotidien. Je suis privilégié de ce côté-là, je l’avoue. Mais quand ce même n°1, avec la carrière qu’on lui connait te demande simplement en voiture quand tu vas le chercher à l’aéroport « dis donc mon frérot, tu ne voudrais pas me composer un titre à la Lee O’Nell comme tu sais le faire. Ça me ferait grave plaisir ! » Ben, je vous le dis, c’est à moi que ça a fait grave plaisir d’entendre ça ! Pour la suite de l’histoire, on rentre donc à la maison, je lui fais écouter 2 ou 3 maquettes que j’avais en magasin, et il en choisi une. C’est devenu « Mother Earth », l’un des titres de l’album « Straight to the Point » (2022). Donc une première collaboration comme celle-ci, c’est plutôt cool. Maintenant évidemment il y a des guitaristes que j’affectionne tout particulièrement et avec qui j’aimerais croiser le manche, comme Joe Bonamassa, Eric Gales ou Zac Schulze.
PM : Un petit mot pour conclure ?
Gipsy : Merci d’avoir pris le temps de nous lire, de nous découvrir…
Lionel : Pareil ! On se retrouve lors d’un prochain concert… En attendant, n’hésitez pas à encourager la création et le spectacle vivant.
https://www.facebook.com/leeonellbluesgang
Crédit photo Pascal Seher



