Philippe Kalfon est guitariste, compositeur et arrangeur. Un magazine spécialisé le classe parmi les dix meilleurs guitaristes français en activité. À ce jour il a participé à plus de 60 albums et il s’est bâti une carrière impressionnante, presque impossible à résumer dans sa totalité. Il est également le guitariste de SSB (Sloane Square Band), un groupe de rock progressif en pleine ascension. Il a très gentiment accepté de répondre aux questions de Prog-Mania à l’occasion de la sortie de son troisième album studio, « My Connection », le 6 juin 2026.
PM : Pourquoi avoir choisi le titre « My Connection » ? Que représente cette « connexion » pour vous ?
PK : J’ai choisi le titre « My Connection » car il représente le lien profond que je partage avec mon âme sœur, il illustre la complicité et la force que nous vivons au quotidien. C’est une relation qui m’inspire énormément, aussi bien dans ma vie personnelle que dans ma musique.
PM : Comment a germé l’idée de faire cet album ? Est-ce celui que vous aviez envie de faire depuis longtemps ou celui que vous étiez enfin prêt à faire ?
PK : Je voulais donner une suite à « Perfect World » tout en explorant de nouvelles idées musicales. Cet album s’est imposé naturellement, comme une nouvelle étape dans mon parcours. J’avais envie d’aller plus loin dans les ambiances et les sonorités, tout en restant fidèle à mon univers.
PM : Quel est son fil conducteur ? Est-ce que chaque morceau raconte une histoire précise ou laissez-vous l’auditeur construire son propre voyage ?
PK : Le fil conducteur de l’album réside davantage dans les émotions et les ambiances que dans un récit précis. J’ai cherché à varier les styles, les atmosphères et les couleurs musicales afin de proposer un véritable voyage, avec des moments plus introspectifs, d’autres plus lumineux ou plus dynamiques. Mon objectif est que chaque auditeur puisse s’approprier les morceaux et y trouver sa propre histoire, en fonction de sa sensibilité, de son vécu. Même si chaque titre est né d’une intention ou d’une inspiration particulière, je préfère laisser une grande liberté d’interprétation.
PM : Comment sont nés vos différents titres : d’un riff, d’une mélodie, d’une émotion ?… Y a-t-il une part d’improvisation dans vos compositions ? Cherchez-vous avant tout la virtuosité ou l’émotion lorsque vous jouez ?
PK : La plupart de mes morceaux naissent d’un riff de guitare ou d’une grille d’accords. À partir de cette base, je laisse la musique évoluer au fil de mon inspiration. Il y a souvent une part d’improvisation au début du processus, car c’est en jouant librement que certaines idées prennent forme et deviennent le point de départ d’une composition. Quand je joue, je cherche avant tout à transmettre une mélodie et une émotion. La technique et la virtuosité ont leur place, mais elles ne sont jamais une finalité. Si un passage demande plus de technicité, je l’assume, mais seulement si cela sert le morceau. Pour moi, l’essentiel est que la musique touche l’auditeur et raconte quelque chose.
PM : Quel morceau de l’album a été le plus technique à composer et à interpréter, pour quelles raisons ? Quel morceau vous émeut le plus aujourd’hui ?
PK : Les arrangements sur mes compositions se font naturellement, je reviens dessus jusqu’à ce que je sois entièrement satisfait, de cette façon je n’ai jamais l’impression d’être freiné par la technicité ou autre .
La version de « Connection » que l’on entend sur l’album est en réalité la toute première prise de la maquette, elle était spontanée, sincère et portée par une émotion très particulière. J’ai essayé de la réenregistrer plusieurs fois, mais je n’ai jamais retrouvé cette même intensité. J’ai donc choisi de la conserver parce qu’elle reflétait exactement ce que je voulais transmettre.
Avec le recul, les morceaux qui me touchent le plus sont « My Connection » et « Sweet Madness ». Chacun, à sa manière, porte une émotion forte et représente une part importante de ce que je voulais exprimer à travers cet album.
PM : Quel est votre meilleur souvenir lié à son enregistrement ?
PK : Mon meilleur souvenir de l’enregistrement est sans aucun doute ma rencontre avec Thierry Dagnicourt. Dès le début, il y a eu une vraie compréhension musicale et humaine entre nous. Je me souviens particulièrement du travail réalisé sur le premier titre, mettre à plat cette première composition et entendre tout son potentiel a été un moment important. C’est à ce moment-là que l’album a vraiment commencé à prendre forme et cette étape a posé les bases et l’identité sonore de tout l’album.
PM : Si je vous dis que dans votre jeu et dans votre son il y a notamment du Steve Vai et du Jeff Beck, que me répondez-vous ? Comment pouvez-vous qualifier votre style et l’univers de l’album ?
PK : Ce sont effectivement des guitaristes qui m’ont beaucoup influencé, comme beaucoup d’autres d’ailleurs. Steve Vai pour son approche très créative et son univers sonore, Jeff Beck pour son expressivité et sa façon unique de faire parler l’instrument.
Si je devais qualifier mon style, je dirais que c’est un rock énergique, avec une touche hard rock, mais toujours avec une place importante donnée à la mélodie, au feeling et au plaisir de jouer. Un « funk rock hard », en quelque sorte.
PM : Est-ce plus « intimidant » de sortir un album sous son propre nom que de jouer pour d’autres ?
PK : Honnêtement, je ne me pose pas vraiment cette question. Je prends tellement de plaisir à composer, enregistrer et partager ma musique que je ne laisse pas le reste prendre le dessus. Bien sûr, sortir un album sous son propre nom est quelque chose de plus personnel et je le vis avant tout comme un plaisir et une belle aventure.
PM : Avez-vous expérimenté de nouveaux sons ou de nouveaux matériels pour la création des titres ? Quels sont les différents matériels, guitares et effets que vous utilisez ?
PK : Pour le son de guitare, tout a été enregistré dans mon home studio. J’ai utilisé une tête PRS MT15 (Paul Reed Smith) associée à un Torpedo Two Notes pour la simulation de baffle. Cette configuration m’a permis d’obtenir le son que je recherchais tout en gardant une grande souplesse pendant l’enregistrement.
Côté guitares, j’ai principalement joué sur une Stratocaster modifiée, une Telecaster ainsi qu’une guitare assemblée à partir d’un kit Warmoth. Chacune possède son propre caractère et apporte une couleur différente selon les morceaux.
Concernant les effets, la plupart ont été ajoutés au moment du mixage. Je préfère enregistrer des prises de guitare les plus naturelles possible, puis travailler les ambiances ensuite afin qu’elles servent la musique sans masquer l’émotion ni le jeu.
PM : Si vous pouviez inviter un musicien, vivant ou disparu, à jouer sur cet album, qui choisiriez-vous ?
PK : S’il fallait choisir, ce serait sans hésiter Vinnie Colaiuta, Pino Palladino, Steve Lukather et, bien sûr, Jeff Beck. Ce sont des musiciens qui m’inspirent depuis toujours, chacun avec une personnalité musicale unique. Vinnie Colaiuta pour sa créativité et son incroyable sens du rythme, Pino Palladino pour son groove et sa musicalité, Steve Lukather pour son jeu à la fois puissant et mélodique, et Jeff Beck pour son approche totalement libre et expressive de la guitare. Jouer avec eux aurait été un véritable rêve.
PM : Pensez-vous qu’un album instrumental permet parfois de dire davantage que des chansons avec des paroles ?
PK : J’aime les deux approches, les chansons avec des paroles comme les morceaux instrumentaux, car elles permettent d’exprimer des choses différentes. Mais l’instrumental offre une liberté particulière : il laisse davantage de place à l’improvisation, à l’interprétation et à la créativité dans les arrangements. Sans paroles, chacun s’approprie la musique à sa manière et y projette ses propres émotions, ses souvenirs ou son imaginaire. C’est ce qui rend l’expérience d’un album instrumental très personnelle, aussi bien pour le musicien que pour l’auditeur.
PM : Vous avez collaboré avec de nombreux artistes et groupes au cours de votre carrière. En quoi cette expérience a-t-elle nourri votre travail en solo ? Qu’avez-vous appris de toutes ces années passées sur scène et en studio ? Quelle rencontre a le plus marqué votre parcours, humainement plus que musicalement ?
PK : On apprend toujours des musiciens que l’on rencontre. Chaque artiste a sa manière de jouer, de ressentir la musique et d’aborder la création. Ces rencontres m’ont permis d’enrichir ma vision et mon approche sur la création musicale et Je retiens qu’il faut toujours aller à l’essentiel.
Les années passées sur scène et en studio m’ont aussi appris l’importance de l’écoute, du partage et de la simplicité. Au-delà de l’aspect musical, les rencontres humaines sont parfois remarquables, pour ma part c’est Ramon Pipin (Aux Bonheur des Dames) qui a changé mon destin, c’est lui qui m’a donné l’impulsion pour faire carrière dans la musique. D’une façon générale, chaque collaboration laisse une trace.
PM : Après l’album « My Connection », quelle est la prochaine connexion que vous souhaitez créer avec votre public ?
PK : J’ai envie de faire découvrir cet album au plus grand nombre, de le faire vivre à travers les écoutes, les échanges et bien sûr la scène. La musique n’existe vraiment que lorsqu’elle est partagée. Mon objectif est que chacun puisse trouver du plaisir à travers mes compositions.
PM : Quel message aimeriez-vous laisser aux jeunes guitaristes qui vous écoutent aujourd’hui ?
PK : Il faut travailler son instrument avec passion et accepter que la progression se construit avec le temps. Le message est avant tout de croire en ses rêves, d’être tenace et de prendre du plaisir. Je leur conseille aussi de rester ouvert à toutes les musiques, car chaque style, chaque artiste et chaque rencontre apportent quelque chose de nouveau. La curiosité et l’envie d’apprendre sont à mon sens, aussi importantes que la technique.
PM : Après cet album, quels sont vos projets : une tournée pour le faire vivre en live, de nouvelles collaborations, autre chose ?…
PK : La scène est le prolongement naturel de l’album, c’est un moyen de le partager avec le public. Concernant mes autres collaborations, ma prochaine grosse étape est la réalisation du prochain album de Sloane Square Band, un projet plein de surprises qui me tient à cœur.
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Album à découvrir sur https://philippekalfon.bandcamp.com/
Line up : Philippe Kalfon (guitares & compositions), Butcho Vukovic (paroles & chant sur 6), Valentin Boissier Décombre Fernandez (paroles & chant sur 9), Thierry Dagnicourt (claviers & co-composition sur 10), Philippe Gonnand (basse sauf 5), Pascal Mulot (basse sur 5), Stéphane Pastor (basse sur 9), Franck Ridacker (batterie sauf 9), Gilles Préneron (batterie sur 9).
Tracklist : 1/ Dangerous Wave (4’03) 2/ Lost In Space (3’54) 3/ Ride In Black (4’17) 4/ Distant Horizon (3’17) 5/ Connection (3’19) 6/ Spellbound (4’04) 7/ Wandering Soul (3’29) 8/ Take It Easy (3’57) 9/ Believe Me (4’49) 10/ Sweet Madness (4’24)
Crédits Photos : 1. Dwidou Photography 2. Frédéric Labasque


