Denez Prigent : chronique « An Enchanting Garden – Ul Liorzh Vurzhudus »

Denez Prigent, chanteur de 49 ans, nous revient après 12 ans d’’absence discographique sous l’’insigne de son seul prénom. Pour les amateurs de musiques celtes, il n’’est guère besoin de présenter l’’artiste qui s’’est fait connaitre dans les années 90, en plein revival de la celtitude, avec un disque « a capella », puis avec 3 autres disques mêlant musique bretonne et electro. Présent dans de nombreux festival  aux côtés de Dan Ar Braz, Stivell ou Carlos Nunez il a largement contribué à la « fusion » du genre. Cependant ses disques ne sont pas  immédiatement accessibles car les arrangements electro sont légion et le type de chant privilégié  comme les gwerz et le kan ha diskan  sont assez peu pratiqués par ailleurs. En tout cas, pas avec autant de maestria ! Il a eu par habitude d’’inviter d’’autres artistes pour le très bon (Liza Gerrard, Bertrand Cantat, Karen Matheson, Donnal Lunny) et aussi pour le moins bon (Voix bulgares, Mari Boine). En tout cas sa musique bretonne electro world mérite amplement les éloges qu’’elle  a eu à l’’époque. Car Denez Prigent c’’est d’’abord une voix unique, un timbre vibrant et un chant souvent incantatoire, envoûtant et profondément enraciné dans la  tradition bretonne.

pochette DENIZ PRIGENT

Avec « An enchanting garden » (ou « Ul liorzh vurzhudus » en breton) Denez a sensiblement revu sa copie en nous livrant un album entièrement acoustique. Le violoncelle et les percussions remplacent les nappes de synthés et les samplings. La musique n’’y perd rien en dynamisme et en poésie. Autant le dire tout de suite : ce disque est à mes yeux le meilleur de Denez, le plus authentique, le plus fort émotionnellement et le plus réussi en matière d’’intégration « World ». Aucun invité de marque sur ces 12 opus à priori maintes fois joués sur scène avant d’être enregistrés en studio dans les conditions de scène sans public avec du matériel « vintage » dont une réverbération à plaque, très audible sur la prise  de la voix de Denez.

Les guitares 6  et 12 cordes en open tuning , le violon, bombardes, witshles, biniou khoz, accordéon diatonique, instruments de base du genre, viennent subtilement se confronter, s’’emmêler à d’autres instruments comme le saxophone, le duduk le violoncelle et la contrebasse. Les percussions (Thomas Ostrowiecki) sont particulièrement riches (sans utiliser le bodhran emblématique mais des cajon, bendir ou tablas et autres djembés !). Ainsi, à cette musique profondément ancrée dans la tradition (gwerz, fisel, plinn. ;etc..) viennent harmonieusement, sans impression de patchwork, s’’intégrer des senteurs d’’arménie, tziganes, yiddish, slaves, orientales et même sud américaines. Une déstructuration du genre qui donne tout son sens au concept « World Music » comme l’’a pensé Peter Gabriel, dans une idée d’’universalisation du propos musical de terroir. Bien loin du folklore et tant mieux. La voix sublime de Denez nous interpelle, nous bouleverse, sans qu’’on ait vraiment besoin de comprendre la langue chantée. Les textes ne sont malheureusement pas traduits, simplement quelques uns sont accessibles en français sur son site. On sait simplement qu’’il écrit et chante sur l’’amour, la mort, la nature.

Un propos jamais ennuyeux même dans un morceau comme « An tri seblant » ou pendant 7 minutes Denez semble réciter la même incantation dramatique sur un fond musical changeant pour finir en 3 minutes d’une fabuleuse danse orientale sensuelle.
A découvrir absolument. …Un véritable enchanteur !

  • Chronique écrite par Topprog

http://www.denez.fr/

 

 

 

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